dimanche 8 février 2026

Parfum de bonheur

 

Les assiettes vermeilles, les paravents grenat du hall de cet hôtel luxueux ont de quoi surprendre. Dans un premier temps. Rapidement, le puits de lumière du dôme apaise ces tons vifs d’un autre temps. Et on se glisse dans un de ces canapés dont les couleurs accordent déjà une note de chaleur. Entre ces colonnes de marbre presque cuivré, un air de musique pourrait s’élever de ce piano à queue. Central. Colombe se sent pourtant bien dans cette élégance. Elle est presque heureuse d’attendre cet homme. Comme tous les mardis soir. Cet homme dont le retard est une seconde nature. Quand il arrivera, il s’excusera platement, comme si c’était son premier rendez-vous galant. Puis, Maxime sourira. Un de ces sourires doux, délicat dont il a le secret. Pourtant, il ne s’agit pas d’une de ces rencontres amoureuses mais d’un second gagne-pain bien nécessaire pour Colombe. De plus, être lectrice professionnelle est devenu une aspiration, voire d’un second souffle : au-delà du livre, elle découvre des gens, leur vie, leurs désespoirs, leurs joies... En fait, c’est une autre manière de photographier ces personnages. Dont elle a besoin. Impérativement. Comme cela a toujours été le cas.

Elle attend. Comme la lavande juste à ses côtés, enivrante. Elle attend et se souvient. Elle se souvient très bien, trop bien : quinze ans. Quinze ans déjà que ce viol a bouleversé son existence : le lendemain, constatant que son sac a été volé ou oublié lors de cette nuit-là, elle se décide de se rendre au commissariat. Est-ce réellement pour son sac disparu ? Ou pour dénoncer l’outrage fait à cette femme ? Dont elle ne sait rien. Le temps s’écoule ; personne ne vient la chercher. Alors qu’elle est prête à partir sans avoir fait sa déposition, un inspecteur l’appelle. Vous savez, un de ces italiens dont on vante l’attitude assurée et décidée. Vigoureux au demeurant…C’est cela qu’elle espère. Car depuis cette violence qu’elle a découverte, les rues annoncent une autre saveur, un autre couleur : celle de la peur et du sang.

Mario. L’inspecteur se prénomme Mario. Il deviendra vite son mari. Il y aura même de l’amour, presque de la tendresse. Mais il a un grand défaut, le Mario : il aime l’argent ! L’agent et le pouvoir. Alors, il ne faut pas être en Italie pour embrasser la corruption mais, qui plus est, si vous êtes en Italie et flic…Il perdra donc son emploi. Et ce qui le blessera vraiment, ce sera sa perte d’estime. Son aura tombera dans l’oubli, dans un puits sans fond. Un puits dont l’eau sera une encre de douleur, de sang. Une eau qui écrira la fin de la première histoire de cet italien. Ensuite, une seconde histoire de ce même Italien, rouge feu celle-là, naîtra.  Ici, tout basculera, même si beaucoup d’ingrédients étaient déjà sur la table et les couteaux bien aiguisés. Le flic tombera dans la pègre. Alors leur couple, déjà très conflictuel, ne survivra pas. Le manque d'amour les a assassiné. A petit feu.

Dans le hall de l’hôtel, c’est un sourire malhabile qui sort Colombe de ses songes. L’homme ne sait pas trop où se mettre, où se poser. Il effleure d’abord le cortège de lavandes qui semblent offusquées, puis prend la main de sa lectrice :

-          -        Je ne sais trop comment me faire pardonner…

En guise d’accueil de bienveillance, elle lui coupa la parole doucement :

-         -         Nous vous attendions.

 De son bras droit, elle désigne les fauteuils moelleux et les plantes odorantes.

De suite, elle ajoute :

-         -         Le patio, comme d’habitude ? Nous n’aurons sans doute que le calme pour compagnon, je pense.

Une certaine  gêne apparait sur son visage. Pourtant, Colombe a prêté une attention particulière à sa toilette et à son langage, contrairement à autrefois…De quoi peut-il s’agir ?

Il montra sa main ensanglantée :

-             -     Je suis désolé mais en voulant éviter de chuter, je me suis blessé en me rattrapant. Puis-je vous         demander de m’accompagner dans ma suite afin que je me soigne ?

Seuls dans l’ascenseur, Colombe mesure la prestance de cet homme. Il y a quelque chose de rassurant, voire de romanesque…Cependant, c’est la première fois qu’il l’invite dans sa suite, qui en fait est une de ses résidences. Tout à coup, un doute la fait tressaillir.

 

 

 

 

 

6 commentaires:

  1. Bonjour Patrick,
    "C'est quoi l'amour", nouvel épisode.
    Colombe aurait-elle enfin trouvé la quiétude ?
    Lectrice publique en plus de photographe, pour rencontrer des hommes.
    Et si le beau Maxime distingué reproduisait le schéma Mario ?
    Déchirant, une fois de plus et encore un peu plus notre Colombe ?
    Quiétude et violence, quel jeu cruel que tu nous donnes à chaque fois de vivre !
    Petite question : qui est ce couple assassiné ? Mario et une nouvelle compagne succédant à Colombe ? Un couple anonyme que tue Mario ? Je suis un peu perdu, je l'avoue...
    Je suppose qu'on ne saura pas de si tôt ce qu'est l'amour. Poursuit donc ton enquête passionnante !
    Bien à toi,
    Jan.

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  2. Bonjour Patrick,
    On devine à travers tes mots le passé trouble et instable de Constance. Que cherche-t-elle ? Des situations qui la mettent en danger ? Des relations amoureuses compliquées ? La compréhension de son comportement pourrait-elle s’expliquer par son passé ? Au départ, elle semble maîtriser la situation et puis tout bascule.
    Et si… cette fois le rendez-vous avec Maxime se passait différemment.
    Et si… c’était un vrai gentil .
    Bonne continuation,
    Cathy 
     

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  3. Bonjour Patrick,

    Un texte aux qualités littéraires évidentes mais dans lequel je m'égare un peu. Je m'étais posé la même question que Jan : Qui est ce couple assassiné ? avant de comprendre que les circonstances ont eu raison du couple Colombe-Mario. C'est ça ?

    Clémence apparaît ici

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  4. avec une nouvelle corde à son arc : lectrice. D'une maison d'édition, je suppose, qui lui a demandé de lire le livre de Maxime ? J'aurais préféré comprendre tout cela d'emblée, en réservant mon questionnement à l'intrigue. Pourquoi Colombe, qui se complaisait dans les milieux glauques, se sent-elle à présent si bien dans un hôtel de luxe ? Comment Maxime s'est-il blessé ? Faut-il croire à son explication ? Que va-t-il se passer dans la chambre ?
    Et si Maxime, homme riche, voulait vivre une expérience nouvelle pour s'en inspirer dans un nouveau roman ? Il a déjà rencontré Colombe, il sait ou il pressent qu'elle pourrait l'introduire dans des milieux qui ne sont pas le sien. Alors, que va-t-il se passer entre eux, qui vont se révéler tels qu'ils sont ?

    Bonne continuation.

    Marie-Claire

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  5. Bonjour Patrick,
    Ce qui me frappe en te lisant, c'est que chaque chapitre pourrait vivre sa vie indépendamment des autres... chacun raconte une histoire quasi entière et se suffit à lui-même. Je crois comprendre quant à moi que le couple "assassiné" c'est celui de la relation Mario-Colombe. Et si Maxime était l'une des victimes, ou l'un des complices de Mario et que la lecture n'était que prétexte à retrouver Mario ? Je me réjouis de te voir tirer les fils de ces personnages complexes et attachants.
    A bientôt. Amicalement.
    Andrée

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  6. Bonjour Patrick,

    Un texte qui nous dévoile un moment heureux dans la vie de Colombe, même s’il n’a pas duré et si le beau Mario a cédé aux sirènes de la corruption.
    La dernière partie introduit un élément de suspense. Comme Colombe, le lecteur tressaille et se demande ce qui va se passer dans cette chambre. Nous en saurons sans doute plus par la suite.
    Comme tes autres lecteurs, j’ai quelques soucis de clarté, sans doute résultant d’une recherche quelque peu excessive dans l’écriture.
    Je me permets de mettre en évidence certains passages qui gagneraient à plus de simplicité.
    « Les assiettes vermeilles, les paravents grenat du hall de cet hôtel luxueux ont de quoi surprendre. Dans un premier temps. Rapidement, le puits de lumière du dôme apaise ces tons vifs d’un autre temps. Et on se glisse dans un de ces canapés dont les couleurs accordent déjà une note de chaleur. Entre ces colonnes de marbre presque cuivré, un air de musique pourrait s’élever de ce piano à queue. Central. Colombe se sent pourtant bien dans cette élégance. Elle est presque heureuse d’attendre cet homme. »
    Cette description est très évocatrice, mais, il me semble que tu abuses des démonstratifs en lieu et place des articles définis. L’emploi du démonstratif donne une présence plus réelle, plus importante, c’est pourquoi, je pense qu’il serait opportun de les réserver au personnage, à l’homme qu’elle attend, et d’employer des articles définis dans la description des lieux.
    « Les assiettes vermeilles, les paravents grenat du hall de l’hôtel luxueux avaient de quoi surprendre. Dans un premier temps. Rapidement, le puits de lumière du dôme ont atténué les tons vifs d’un autre temps. Et on se glisse dans un canapé dont les couleurs accordent déjà une note de chaleur. Entre les colonnes de marbre presque cuivré, un air de musique pourrait s’élever du piano à queue. Central. Colombe se sent pourtant bien dans cette élégance. Elle est presque heureuse d’attendre cet homme. »

    Une remarque précise.
    En fait, c’est une autre manière de photographier ces personnages. Dont elle a besoin.
    Je ne comprends pas vraiment ce que tu veux dire. « Ces personnages » : de qui s’agit-il ? Des auteurs ? Dans ce cas ce sont des personnes, pas des personnages. Des personnages des œuvres qu’elle lit ? Et de qui ou de quoi a-t-elle besoin ? Selon la grammaire, ce serait des personnages. Je ne comprends pas… Et si c’est de la manière de photographier, pourquoi en a-t-elle besoin ?
    Une recommandation : un récit en prose n’est pas un poème, n’abuse pas, dans un récit de l’emploi de termes rares ou trop détournés de leur sens usuel. N’abuse pas des ellipses. N’hésite pas à utiliser des termes simples et précis.
    Dans ton prochain chapitre, coloré en jaune, un bibelot évoquera un succès.
    Et une consigne supplémentaire, si tu veux bien : astreins-toi à utiliser des termes simples, à dire clairement ce que tu veux dire et à n’utiliser que quelques images poétiques qui prendront toute leur place par contraste avec la simplicité apparente – parce que écrire un texte « tout simple » n’a en fait rien de simple ! – de l’ensemble.
    Bon travail,
    Liliane

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