dimanche 18 janvier 2026

Vaisselle à tue-tête (bleu, vaisselle et une épreuve)

 


« Non, Mademoiselle, s’il vous plait, ne dites rien. Car ici, je ne suis rien ».

« Mon dieu, combien de fois ces mots, ces paroles ont-elles raisonné dans ma tête ! Il y a pourtant si longtemps... Il est si lointain, ce jour-là.  Je ne saurai jamais qui était cette inconnue. Cette femme, perdue, seulement drapée de désespoir. Qui semblait avoir corps, âme, foi…Cependant aujourd’hui, elle me paraît si peu …étrangère » !

Colombe comprend aujourd’hui le désarroi de cet être énigmatique. Prostituée, « pute », compagne, maitresse, ces vocables, ces sons qui sonnent maintenant trop fort à ses oreilles frappent le glas d’un espoir perdu. Colombe… Ha, la Colombe qui pleurait puis qui riait, la Colombe qui volait, de port en port ! Ha, la Colombe qui chipait, de photo en photo, l’instant d’un plaisir furtif de quelques amoureux pour mieux l’imprimer en noir et blanc. Colombe, autrefois libre ! Autrefois…

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-          -    Qu’as-tu encore fait de ta journée ? !

Est-ce par angoisse ou par un plaisir malsain que Mario, le mari de Colombe, a pour habitude voire par obsession de poser cette perpétuelle question ? Ou serait-ce pour se rassurer ?

Comme tous les samedis soirs, la coutume les conduit à ce même restaurant italien. A cette même table. La plus isolée. Puis vient la même question :

-          -    Qu’as-tu encore fait de ta journée ?!

Colombe évite la réponse.

« Sais pas » a-t- elle envie de répondre. Sais pas …Mais elle sait trop bien : rien. Rien de réjouissant. De palpitant. De vivant.

-          Quelle idée as-tu de toujours t’afficher comme une pute au restaurant ? Tu cherches encore un amant ? Hein, c’est ça que tu cherches ? Pourtant au lit, je te retourne bien, non ?

Les lampes, trop froides au plafond, font semblant de ne rien avoir entendu. Les murs, bleu nuit, dorment depuis la nuit des temps dans des draps feutrés. Cependant, des têtes se retournent, presque discrètement. Sourires narquois de quelque hommes costumés. Grisés. Femmes gênées.

Pour Colombe, la jouissance n’est plus au rendez-vous depuis si longtemps. Elle se laisse faire. Et attend que ce soit fini. Non, ce n’est pas vraiment un viol. Enfin, elle veut le croire.

Il est vrai que ce soir une robe moulante céruléenne, dos nu, dessine une certaine audace. Pourtant, ce n’est pas elle ! Pas elle du tout ! Si elle s’est traverstie, c’est pour Mario ! Seulement pour lui ! Par amour ? Vraiment ?

« Sais plus… »

« Sais plus » car elle est aussi décidée. Décidé de lui dire. Dès à présent. De lui dire que c’est fini. Que ses ecchymoses ont eu raison de cet amour là. Ici, il n’osera pas la frapper. Secrètement, elle pince au bas de son cou sa « clé fétiche » bien fort. Mais où trouver ce courage ?

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L’orage serait-il de mauvais augure ? Quoiqu’il en soit, Colombe et Mario sont rentrés à pied. Elle tremble. Ces tremblements ne résultent pas seulement du froid nocturne mais bien plus de l’épreuve qu’elle doit subir. Il claque la porte. Ils sont trempés. Des gouttes se perdent dans son dos et cherchent leur chemin entre ses seins glacés.

Et elle se jette à l’eau :

-         -     Mario, je te quitte.

L’orage claque, lui aussi. Eclair. Il se faufile. Et disparait.

Interloqué, il rit, Mario. Jaune. Pas longtemps. Très vite, on ne sait pas lequel des deux a le plus peur :

-       -       Me quitter ? Pour qui ? Hein ? Pour qui ? hurle-t-il

-        -      Pour moi, Mario ! crie-t-elle enfin, pour moi ! tu m’étouffes ! tu me tues ! Pauvre petit italien idiot ! Je veux vivre !

Colombe, convulsionnée, parvient à hoqueter :

-         -     Rends...rends moi ma liberté !

Tout s’arrête, tout se fige. Plus un son. Les jeux de frayeurs voudraient s’inverser.  Nouveau coup de tonnerre. Mario, écarlate, saisit une assiette. Au verso de celle-ci, on déchiffre encore : « Pacific Blue Dinner Plates ». Elle part comme l’éclair vers sa rivale mais ça y est, Colombe ne le craint plus! On dirait que le plat ralentit sa course : ça y est, Colombe voit défiler leur vie commune ! L’assiette se brise et semble murmurer : 

-    « C’est quoi l’amour ? »

 

 

 

 

 

 

samedi 20 décembre 2025

La scène

 

    Ancona n’est qu’un port et rien d’autre. Colombe décide de passer son chemin et prend directement le train vers Genova où elle doit rencontrer un mannequin, galerie Rossetti. Comme d’habitude, elle prendra le temps de rencontrer le personnage, car photographier une femme, un homme, c’est d’abord les « saisir », sentir leurs émotions, c’est aller au-delà du corps, de l’image pure et simple. Quelque part, Colombe veut s’identifier à son « acteur », à son « actrice » : il s’agit presque d’une « scène théâtrale » très brève. Cette fois, il s’agit d’une femme. Le cadre lui plaît particulièrement car Genova est un lieu consacré à l’art et à l’histoire comme si chaque ruelle, chaque « caruggi » pleurait ou riait de son passé.

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Trois heures du matin.  Un bar plus miteux que populaire. Via di Pre. La voilà seule, une fois de plus. Seule, comme elle aime l’être. Elle est heureuse, sans savoir pourquoi. Est-ce parce que dehors il fait noir d’encre ? Ou parce que les encoignures de rues recèlent encore quelques derniers camés et autres poisons de toxicos ? Serait-ce parce que les murs lui révèlent une odeur forte et lui cacheront leurs couleurs vives jusqu’à l’aube ?

-         -  « Sais pas ».

En tous cas, il y a quelque chose de poisseux qui colle aux murailles. Mais voilà, elle aime ces nuits-là ! Et puis, trop de shoots de Vodka et autre Triple sec rendent la vie encore plus simple, semblent se jouer d’elle, quitte à en faire une marionnette !  

Bientôt quatre heures. Avec regret, Colombe quitte l’établissement, passablement ivre. Tant bien que mal, elle s’évertue à apercevoir son auberge pourtant située à un jet de pierre. Curieusement, tandis qu’elle a l’habitude de trainer dans des lieux hasardeux, une certaine appréhension germe en elle. Dans cette ruelle étroite, près de son hôtel qu’elle découvre enfin, les odeurs lourdes et épaisses font place à un jeu de lumières. Qui s’amuse. Verdâtre et pauvre. Qui existe sans vraiment être. Qui va. Et puis qui vient. Qui pénètre dans la rue, puis s’en va. D’un coup. Les néons olivâtres de l’auberge font ce qu’ils peuvent.  Clignotent. Prêts à s’éteindre.

Ou alors est-ce ce grognement, ni humain ni animal, qui l’interpelle et l’inquiète ? Ces râlements s’entre-mêlent, puis se muent en gémissements ! Alors, Colombe, d’abord médusée, finit par sourire : dans la ruelle, à proximité de son logement, un homme et une femme semblent faire l’amour ! Ceci dit, ce n’est pas elle qui sera importunée par une telle scène. Même en pleine rue.

Et pourtant, ce spectacle la dégrise rapidement : car il a quelque chose d’intriguant. Dans ce rapport, on devine une exigence excessive, des mouvements tourmentés dans le comportement de cet homme sans retenue. Comme si cette femme en disait trop que pour pouvoir réellement s’exprimer. Comme si son corps ne pouvait pas jouir dans ce jeu trop haché, trop heurtant, trop blessant. Trop. Qui ne laisse la place qu’à un homme malhabile. Tout n’est que saccades. Et puis, le couple s’arrête. Maintenant, c’est Colombe qui a mal, mal pour cette femme. Est-ce pour ce corps qu’elle devine meurtri ? Pour cette épouse ? Pour cette maitresse ? Ou pour cette prostituée ? Et s’il s’agissait d’un plaisir commun ?

Partagée entre colère et résignation, Colombe hésite à intervenir. Alors, une autre rage l’envahit, une violence contre elle, elle qui n’a rien fait, qui est là, blottie dans un coin de la rue. Seule. Mais seule avec eux, avec ces deux corps ! Que doit-elle faire ? Que peut-elle faire ? Quel droit a-t-elle ? Comme pour se rassurer, elle serre son objet fétiche, cette clé mystère qui lui pend au cou.

L’homme se relève, se reboutonne.  On ne comprend pas bien ce qui se passe. Puis il s’en va. Pourtant, les néons blafards continuent à bazarder leur lumière verdâtre. Glauque.

Colombe ose enfin s’approcher de la scène. La comédie laisse survivre des traces d’un talon noir, brisé, lui aussi ; d’un manteau blanc, d’un chic oublié, long, laineux, usé à la corde, jeté en pâture au pavés épuisés. Au sol, l’étrangère, nue, encore verte de peur, se retourne. S’assied sur des pierres qui suintent ses douleurs.

-          « Non, Mademoiselle, s’il vous plaît, ne dites rien. Ne faites rien.  Car ici, je ne suis rien ».

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

 

dimanche 30 novembre 2025

 

-          -  « C’est quoi l’amour ? »

Ca, c’est bien elle, bon sang ! Là, comme ça, tout à coup, elle se lâche, à voix haute, Colombe ! Elle s’envole, sans raison, elle crie, dans ce brouhaha d’hommes. De mâles. De camionneurs fébriles. Hagards. Leurs chopes, elles aussi, sont prêtes à tanguer, on le voit bien, sur le ferry. Mais elles se retiennent, presque polies. Presque propres. Garées, comme les camions. Qui attendent.

Mais voilà, Colombe, elle est comme ça :

-         -  « C’est quoi l’amour ? » a-t-elle tempêté. Sans prévenir. Ni sans suite. Puis, murmures. Rumeurs. Regards. Railleurs.

Albanais, Grecs, Bulgares…Hagards. Harassés. De toute façon, elle le sait : ils n’ont rien compris. Les hommes ne comprennent jamais rien. Rien du tout.

Tandis que ces routiers battent les cartes dans cette taverne flottante, Colombe tourne la tête, vers un hublot qui, lui aussi, a bien besoin d’un coup de torchon. Ca flaire la mer. Cette mer que le navire fend comme du beurre. Mou. Tâché par de vagues écumes. Blanches. Molles. Et Colombe semble être la seule femme, perdue parmi ces baragouins qui ne donnent pas leur nom. Il est vrai qu’elle non plus ne reconnait plus rien, dans ces hommes, dans ces accents ; Albanais, Grecs, Bulgares, Italiens…Dialectes inconnus, langues chaudes : d’un certain sud ou des Balkans déguisés ?

En fait, elle aime cette sensation : être femme, être femme plus que jamais, qui roule d’abord puis dégaine ensuite sa cigarette. Faite maison. Surtout s’il est clairement indiqué, à gauche comme à droite « No smoking ». Elle snobe ; elle snobe la Loi. On la regarde. On sourit, en coin. On n’ose pas lui dire : « Mademoiselle, vous ne pouvez pas… ». Alors là, elle exalte ! elle jouit ! …encore plus qu’hier soir, avec cet homme. De passage…

Et pourtant, pour l’heure, on ressent cet ennui, qui pèse de tout son poids sur les vitres devenues sombres, sur l’habitude de tous ces hommes, sur la lassitude de tous ces jours. Et ce bruissement de paroles inintelligibles sait qu’il n’atteindra pas son ultime port avant Ancona.

Vingt heures. Vingt heures de route, de « vague à l’âme ». Alors Colombe découvre devant elle un miroir qui la regarde. Il semble lui dire :

-          -  « Non, ma belle, t’es pas vraiment moche. Ni la plus belle. T’as beau rouler tes clopes, trouer ton compte à vue, enfoncer tes mains dans ton jeans usé, les hommes te déchirent un peu plus chaque fois qu’ils t’essayent. Comme des fringues ».

 - "C’est quoi l’amour ?"

 Sais pas ; en tous cas, pas ça, se dit Colombe.

 Vague à lame. Ca peut couper, et surtout, blesser. Couler. Rouge. Alors, du haut de ses vingt-cinq ans, tout à coup, elle se prend un coup de vieux, comme on prend une rafale de vent de force neuf. En pleine gueule. Puis, brouillard…

-          - « Pourtant, t’es pas vraiment moche », paraît poursuivre le miroir.

Un verre mal lavé de mauvais vin qui se voudrait blanc, aimerait lui faire oublier que sa vie s’écrit en noir et blanc. Paradoxalement, en tant que photographe, ce sont bien les photos en noir et blanc que Colombe préfère. Parce que ça, c’est vrai ! Le noir et blanc, ça ne triche pas ! ça, ça met en lumière ! Parce que ça, c’est elle ! Vraie et toute nue, sans fioriture ! D’ailleurs, au soir, souvent elle s’habille uniquement de ses lunettes noires. De ses lunettes si rondes qu’on ne voit sans doute qu’elles ! Elles aiment se glisser, sans rien dire, doucement, délicatement, cherchant peut-être un peu de confort, ou quelque chose ça, enfin, qui fait du bien ! Et elles s’enfoncent dans sa chevelure. Qui respire enfin une paix. Mais dans une tignasse noire ; très noire. Comme son café, sans nuage de quoi que ce soit. Ainsi, en soirée, une fois douchée, seul cet arabica a le droit de la contempler telle qu’elle est. De l’accepter comme elle est tandis que des vapeurs brésiliennes s’évaporant de sa tasse tentent en vain de la couvrir pudiquement. Alors, elle danse, elle danse comme une folle, sans raison véritable, si ce n’est pour s’inventer un carnaval. Chaud.

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Voici, maintenant, elle entend ce silence qui lui dit qu’elle dans le port. La voici à Ancona.



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samedi 29 novembre 2025

Fichier : Colombe ou Esmeralda?

2. Etablir sa fiche

Mon thème : Principal « Aimer, ça veut dire quoi ? »             

                         Secondaire : "Nous sommes tous des étrangers" 

Nom : Bartoli (d’origine « Corse »)

Prénom : Colombe ; (ben oui, ce n’est pas elle qui a choisi !)

Surnom :  Esmeralda     

Age : 25 ans ; et quelques poussières.

Adresse : pas de vraie adresse ; elle va à gauche ou à droite. Elle dort souvent chez une amie, Alice, dans une collocation située à Rixensart, Rue des combattants ; Ce n’est pas loin de loin de Wavre, Ottignies, LLN, Bruxelles. C’est près de tout.

Elle voudrait loger dans une voiture.

Sinon, parfois elle retourne chez ses parents. Quand il le faut. Sa mère lui téléphone souvent. Elle décroche parfois. 

Situation familiale : Célibataire ; oui vraiment, mais elle en souffre

Ses parents? Des vraies bourgeois! 

Métier : photographe

Noir et blanc, comme sa vie, tout ou rien. Dasneau: il saisit la vie, au vol. Il vole, un baiser ou …un autre baiser !              

Et les hommes se retourne sur Colombe ; et elle, elle se retourne sur l'instant

 A défaut d’image :

Ø  Allure physique :

-           Petite, un peu « boulotte », rondouillarde. Avec tout ce qui faut « là où il faut »

-          Le sourire ou la mélancolie, tour à tour, l’habille si bien.

-          Passionnée ; elle danse tout à coup, devant tout le monde ; sans herbe ni alcool ; alors, elle vole

-          Elle fume comme elle respire, mais elle ne ment pas.

-          Tous les matins, elle baille à décrocher ses yeux qui dorment encore ; la bringue l’a encore prise par la main, hier soir !

-          Jeune ? On ne sait pas vraiment ; ça dépend des heures, des jours…

-          Elle joue avec le feu. Elle boit, beaucoup : c’est quoi une « limite » ?

-          Elle a un chat. Il est blessé, lui aussi ; il a peur des autres.

-          La peinture sans savoir dessiner

 

Ø  Style vestimentaire :

-          D’abord "les mains dans les poches", une « sans sous » …Ensuite, sans prévenir, chic et champagne l'enrobe dans une jupe Armani ; « cents sous » ; mais alors, ce signe de richesse,   d'où ça vient ? Ben, elle est tapeuse ; de clopes, de pulls…enfin un peu tout.

-          Et puis il a ce coté « cow-girls » ; elle s'habille d’un Jeans troué, déchiré, roule ses clopes. Sait-elle que son slip est visible ? Oui, certainement. Mais c'est pas certain. Nus. Pieds nus. Mais pas rien que …

                                         

                                                                                                                     

                                                                                                                       

                                           

                                                                                                                     

                                                                                                                                                                                                                       

 

 

                                                                                                                     

                                                                                                                                                                             

                                                                                                                                                                             

                                                                                                                                                                             

  

Vaisselle à tue-tête (bleu, vaisselle et une épreuve)

  « Non, Mademoiselle, s’il vous plait, ne dites rien. Car ici, je ne suis rien ». « Mon dieu, combien de fois ces mots, ces paroles ont...